Est-ce que vous voulez des enfants ? Oui, je voudrais des enfants mais avec le climat actuel et c'est vrai que je me pose beaucoup de questions. Moi plus d'une fois, j'ai hésité à vouloir avoir un enfant. Je sais pas trop. Peut-être que oui, peut-être bien que non mais après ça se questionne dans l'époque dans laquelle on est. Les Français font moins d'enfants et pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a connu en 2025 plus de décès que de naissance. Et c'est pas arrivé très souvent dans l'histoire de France he, c'est arrivé au fin du 19e, dans les années 30 et maintenant. Donc c'est quand même exceptionnel. C'est une bascule qui est historique. La baisse de la natalité, la baisse de la fécondité, on l'observe partout dans le monde à des vitesses [musique] plus ou moins fortes. La France il a longtemps échappé. Jusqu'en 2010, on était le le pays de la résistance à la dénatalité. On faisait encore relativement beaucoup d'enfants. Le taux de fécondité, le nombre d'enfants par femme était à de aujourd'hui vient de tomber à 1,5. Et donc sur ces 15 dernières années, il y a quelque chose qui s'est passé. Il y a eu un un effondrement des naissances, hein. Le le terme n'est pas exagéré parce que c'est - 25 % de naissance en 15 ans. La France [musique] fait donc désormais partie des États de l'Union européenne qui connaissent un sol naturel négatif. Aujourd'hui, seuls cinq pays ont encore un sol positif : Chypre, l'Irlande, le Luxembourg, Malte et la Suède. Mais alors, comment s'explique cette baisse de la natalité ? Il y a des raisons qui sont historiques, hein, qu'on connaît depuis très longtemps, ce qu'on appelle la transition démographique, c'est-à-dire que euh les progrès euh médicaux, l'urbanisation, l'éducation des femmes hein à qui on donne accès euh aux au aux écoles, aux lycées, aux collèges, euh les droits des femmes bien sûr, la contraception, euh le fait que la fécondité soit devenue euh un désir et ne soit plus subie, tout ça joue forcément sur une tendance à la baisse mais ça n'explique pas pourquoi ça baisse depuis 15 ans aussi vite. Donc il y a d'autres choses qui sont en jeu. Alors il y a des raisons sociologiques. Il y a plus de célibataires, les coupes sont plus fragiles qu'avant. Ça ça joue énormément. Il y a aussi des raisons socio-économiques très fortes que moi je mets en avant et j'en vois trois qui sont importantes. La première c'est le logement, la crise du logement. C'est une crise sociale, c'est une crise démographique qui touche de plein fouet la jeunesse, qui a perdu de la surface habitable dans les grandes villes. Un jeune payé au salaire médian, il a perdu 25 m² de surface habitable. Donc c'est deux chambres d'enfants qui ont disparu. Les jeunes ont du mal à se loger, qu'ils ont du mal à accéder à la propriété immobilière. Or, c'est un peu la base d'avoir assez d'espace, d'avoir un nid douiller, un chez soi pour ensuite projeter ces ces projets familiaux. Il y a aussi le fait que les modes de garde soient sous tension. c'est une galère dans les crèches, que c'est une galère pour trouver des modes de garde et ça impacte là aussi d'autant plus les femmes parce qu'on s'aperçoit quand il y a pas un mode de garde disponible en fait ce sont elles malheureusement qui doivent se retirer du marché du travail pour garantir la la garde d'enfant. Et donc en fait cette tension là fait aussi réfléchir à deux fois quand on veut faire les enfants de savoir comment est-ce qu'on va gérer la famille, la carrière, le travail en même temps. Le dernier point, c'est quand même qu'il y a quelque chose de fondamental qui a changé dans la société française, c'est qu'aujourd'hui la la pauvreté, elle a changé d'âge. Les pauvres aujourd'hui, ce sont les jeunes, ce sont les étudiants, ce sont les jeunes actifs, ce sont les familles monoparentales et le niveau de vie en fait des des jeunes actifs, ceux qui sont aujourd'hui en âge de faire des enfants, il a plutôt stagné hein sur les 15 dernières années. qu'on a moins de moyens aussi euh pour financer un désir d'enfant et on se pose des questions qu'on ne se posait pas avant. Ma famille, c'est quand même quelque chose qui est important et effectivement dans le monde dans lequel on vit, on se pose la question avant d'en faire. la sécurité, la précarité, le coût de la vie, la situation économique, c'est très compliqué mais en tout cas, j'aimerais toujours avoir des enfants. Al moi ce qui me questionne, c'est l'avenir qu'on va offrir aux enfants. C'est pas le fait de faire des enfants, c'est quel monde on va leur offrir. Franchement, si on veut avoir des enfants et qu'on se donne les moyens, ben on peut avoir des enfants et vraiment bien gérer quoi. C'est très difficile hein de de sonder le désir d'enfant puisque c'est quelque chose de très intime, de très personnel qui dépend de tellement de facteurs. Mais on a des enquêtes quand même qui montrent que le désir d'enfant reste archi majoritaire en France. Il tourne autour de deux enfants en moyenne quand on demande le nombre d'enfants idéal aux jeunes français. Donc moi, j'interprète quand même cette baisse des naissances non pas comme tout d'un coup une évaporation du désir d'enfant comme ça en 15 ans soudainement, mais plutôt comme des conditions socio-économiques effectivement qui ont changé. Concrètement, quels sont les impacts de la dénatalité d'une démographie négative ? Alors, il faut bien comprendre que la la démographie, ça euh conditionne tout. Euh ça conditionne l'état d'esprit du pays. Euh moins d'enfants, euh c'est aussi moins de 100, c'est aussi euh moins de d'audace, de créativité, hein. C'est quand même ça la jeunesse aussi, c'est de d'aller secouer l'ordre établi. C'est des écoles qui ferment, c'est des classes qui se vident, c'est des territoires qui se vident complètement de jeunesse. Et ça, ça fait déjà 15 ans qu'on le qu'on le vit, hein. On a fermé 6000 écoles primaire, on a perdu 1 demion d'écoliers, c'est moins de collégiens déjà, moins de lycéens à partir de cette rentrée, c'est moins aussi de travailleurs, moins de bras et de cerveau pour faire tourner l'économie. On a besoin de main d'œuvre et c'est aussi moins de cotisant. On a un modèle social en France et c'est la particularité française, c'est que notre modèle social, on a tout misé sur la démographie. euh à la libération, on s'est dit on va faire un un modèle où ce sont les jeunes qui payent pour les vieux hein en gros. Et ça marchait très bien quand il y avait beaucoup de jeunes et très peu de vieux. Euh aujourd'hui c'est l'inverse. On a de moins en moins de jeunes, on a de plus en plus de de personnes d'âgées. Euh il faut payer les retraites, il faut payer la santé, il faut payer la dépendance et tout ça ça pèse très très lourd et notamment sur les fiches de paye. On s'endette aussi pour ça. Donc c'est l'argent qui ne va pas dans des investissements par exemple dans les écoles, dans l'écologie, dans les hôpitaux, dans les infrastructures, dans les tribunaux. Et donc le risque aussi c'est que cette démographie elle emballe la dépense publique dans le sens d'une partie uniquement de la population au détriment de l'avenir, au détriment de la jeunesse, au détriment de l'éducation par exemple. Et donc ça ça pose un un vrai problème de savoir comment est-ce qu'on va continuer à financer le modèle social et comment on va aussi continuer à créer la richesse collective dont on a besoin justement pour financer ce modèle et pour maintenir nos niveaux de vie. Et donc il faut tout réinventer et il faut surtout sortir je pense de de ce déni de démographie dans lequel on est à croire qu'on peut continuer à faire comme avant alors qu'aujourd'hui ça ne marche plus. L'infertilité masculine comme féminine a beaucoup progressé ces dernières années et fait souffrir beaucoup de couples. Un grand plan de lutte contre ce fléo sera engagé pour permettre justement ce réarmement démographique. Alors moi quand j'entends réarmement démographique, j'ai les les poils qui serrissent parce que parce que le terme est vraiment très très mal choisi. Voilà, le ventre des femmes, ce n'est pas un obu. Les enfants ne sont pas des canons. Donc je pense que la la rhtorique est complètement à côté de la plaque. Après, je pense que l'action publique a un rôle à jouer dans la facilitation du désir d'enfant, en tout cas la réalisation de ce désir. Elle n'a aucun rôle à jouer dans les chambres à coucher ou pour dicter des modes de vie, mais je pense qu'elle a un rôle à jouer notamment sur les modes de garde, de réorienter la dépense publique et la décision publique vers la jeunesse, de lui redonner les moyens de pouvoir recommencer à rêver, à se loger, à vivre de son travail. tous les pays qui essayent de de mettre des choses en œuvre justement pour faire repartir la naissance à la hausse, bah on s'aperçoit que c'est très inefficace. Alors, il y a des choses assez classiques hein, les allocations familiales, les crédits d'impôts qu'on fait en France, ça aide mais vraiment à la marge. Des pays qui essayent de faire des weekends de 3 jours, voyez, la semaine de 4 jours avec 3 jours en weekend en espérant que les couples passeront un peu plus de temps ensemble et que ça pourra peut-être déboucher sur sur des nouvelles naissances. Tokyo il vient de mettre ça en place faudra voir si ça marche. En Chine maintenant vous avez des armées de fonctionnaires qui sont chargés euh d'appeler des jeunes femmes en âge de procré pour leur demander si elles sont enceintes ou pas. Et donc là, on est vraiment dans une forme de harcèlement téléphonique, hein, et d'une puissance publique qui euh voilà qui ne rechigne pas à à carrément rentrer dans l'intimité des gens, dans l'intimité des femmes. La population française continue tout de même d'augmenter, même si c'est un rythme plus lent que les années précédentes, mais il y a une hausse de 0,25 % par rapport à 2024 et ça c'est dû au sol migratoire. Donc est-ce que l'immigration c'est la seule solution finalement ? Alors ce qui est intéressant, c'est qu'en fait quand vous avez un sol naturel qui devient négatif, donc plus de décès que de naissance, il vous reste plus que le sol migratoire euh pour qu'on le veut du nom hein, pour euh rajunir et continuer à croître démographiquement. L'immigration, c'est une des solutions effectivement pour faire face à cette raréfaction de la jeunesse, au fait qu'on manque aujourd'hui déjà d'actifs dans plein de secteurs, dans plein de métiers, mais c'est pas que la seule solution. Alors, il y a bien sûr les politiques familiales pour essayer de refaire des enfants, c'est très inefficace et et puis ça prend du temps. Mais il y a aussi les robots, par exemple. On peut aussi estimer que bah si on a moins de personnes, moins d'humains, on robotise l'économie. On le voit déjà dans certains secteurs industriels, on le voit dans certains pays qui sont très vieillissants. Ce qui va être un peu plus compliqué justement, c'est la robotisation. Et sur l'IA, c'est de savoir où est-ce que on nous en tant que société d'ailleurs, on décide que les robots sont les plus efficaces. Je pose une question très simple, c'est est-ce qu'on est prêt à laisser notre grand-mère dans un ÉPAD à un robot toute la journée ? Les éPades, c'est déjà des lieux où il y a des grosses tensions au niveau de la main d'œuvre et donc est-ce que on remplace les infirmiers, les médecins par des robots ? Est-ce qu'on est prêt à laisser nos enfants dans les crèches à des robots ? C'est des questions qui qui sont extrêmement vertigineuses. Enfin, qui c'est des questions éthiques présentement, c'est des questions éthiques, c'est des questions qui voilà et d'ailleurs, on voit que des pays comme même le Japon, ils reviennent. Moi, je pense au final quand même que pour s'occuper des humains, on a besoin des humains et donc on peut pas remplacer un pour un la technologie, l'humain par la technologie. Et d'ailleurs, on voit que toute l'histoire économique est faite de ça. On a toujours eu peur que la technologie euh remplace l'humain. En fait, ce qui s'est passé, c'est qu'à chaque fois, ça a bougé les besoins dans d'autres secteurs de l'économie et c'est vraisemblablement ce qui va se passer là aussi.
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